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Gaza: nouvelle libération de trois otages israéliens contre des prisonniers palestiniens

Des combattants en armes du Hamas ont libéré samedi 15 février trois otages israéliens dans la bande de Gaza. Des bus de prisonniers palestiniens libérés par Israël ont également quitté une prison du Néguev. C'est le sixième échange contre des prisonniers palestiniens depuis le début de la trêve qui a frôlé cette semaine le point de rupture.



Après quasiment 500 jours de captivité, Sacha Trupanov, un Israélo-Russe de 29 ans, Yaïr Horn, un Israélo-Argentin de 46 ans, et Sagui Dekel-Chen, un Israélo-Américain de 36 ans, ont été exhibés à Khan Younès sur un podium, entourés de combattants armés et cagoulés du Hamas et du Jihad islamique, un groupe palestinien allié.

Les trois hommes libérés ce samedi, apparemment en bonne forme, ont été contraints de dire quelques mots au micro devant la foule. Ils ont ensuite été confiés au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) qui les a remis l'armée israélienne. Les trois otages « ont franchi la frontière avec le territoire israélien » et sont en route vers le lieu où ils doivent retrouver des membres de leur famille, a indiqué un bref communiqué militaire israélien.

Trois nouveaux otages détenus à Gaza depuis l'attaque meurtrière du 7 octobre 2023, ont été libérés par le Hamas et le Jihad islamique, sur cette image tirée d'une vidéo, à Khan Younés, dans le sud de la bande de Gaza, le 15 février 2025.
Trois nouveaux otages détenus à Gaza depuis l'attaque meurtrière du 7 octobre 2023, ont été libérés par le Hamas et le Jihad islamique, sur cette image tirée d'une vidéo, à Khan Younés, dans le sud de la bande de Gaza, le 15 février 2025. © Ramadan Abed / Reuters
Dès vendredi soir, dans une vidéo du Jihad islamique, l'on pouvait voir l’otage israélo-russe Sacha Trupanov, sur le rivage de Gaza avec une canne à pêche, rapporte notre correspondant à Jérusalem Sami Boukhelifa. Il apparaissait souriant dans le tunnel où il était retenu. Ces images de propagande sont un message adressé aux Israéliens pour dire : « Vos otages vont bien ». Car l’état de santé de trois autres otages israéliens libérés la semaine dernière avait provoqué une vague d’indignation en Israël. Ils étaient apparus très affaiblis et le visage émacié. Le Hamas les avait alors contraints à saluer une foule de Gazaouis. Une mise en scène qui avait provoqué la colère en Israël.

Comme à chaque libération d'otages, des centaines de combattants cagoulés et en armes du Hamas ont formé un cordon autour d'un podium à Khan Younès dans le sud du territoire palestinien ravagé par quinze mois de guerre. Chaque libération à Gaza est soigneusement mise en scène par le Hamas et le Jihad islamique, véhiculant différents messages.

Ce samedi, en réponse au plan du président américain Donald Trump qui propose de déplacer de force les Gazaouis, le Hamas lui a répondu en affichant une immense pancarte de Jérusalem avec en fond l’esplanade des Mosquées, le troisième lieu saint de l’islam avec un message : « Si on devait nous déplacer de force, ce serait uniquement pour retourner à Jérusalem ». Le Hamas a également mis en évidence un sablier à côté de photos d’otages, avec écrit dessus : « Le temps presse ». Les combattants du Hamas et du Jihad islamique se tenaient devant une foule de badauds, alors que des chants nationaux étaient diffusés via des haut-parleurs.

Des véhicules de la Croix-Rouge attendent à l'endroit où les militants du Hamas remettent les otages israéliens à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 15 février 2025.
Des véhicules de la Croix-Rouge attendent à l'endroit où les militants du Hamas remettent les otages israéliens à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 15 février 2025. © Bashar Taleb / AFP
Ces trois hommes avaient été enlevés au kibboutz Nir Oz lors d'une attaque d'une ampleur et d'une violence sans précédent menée le 7 octobre 2023 par le mouvement islamiste Hamas dans le sud d'Israël à partir de la bande de Gaza voisine, et qui a déclenché la guerre dans le territoire palestinien. Leur libération intervient alors que le secrétaire État américain Mario Rubio est attendu samedi soir en Israël. Sur 251 personnes alors prises en otage, 73 sont toujours à Gaza, dont au moins 35 mortes, selon l'armée israélienne. 

Des détenus palestiniens également libérés
Israël doit de son côté relâcher 369 détenus palestiniens. Trente-six purgeaient des peines à perpétuité. Mais les 333 restants sont des habitants de la bande de Gaza, arrêtés après le 7 octobre et sans lien avec l’attaque du Hamas.

En fin de matinée, plus d'une dizaine de bus transportant des détenus palestiniens libérés par Israël ont quitté samedi la prison de Ktziot, dans le sud d'Israël. La plupart ont été envoyés vers la bande de Gaza à partir du pénitencier de Ktziot. Un autre bus convoyant des détenus palestiniens a quitté la prison militaire israélienne d'Ofer, en Cisjordanie occupée, à destination de Ramallah. Il est arrivé samedi sous les acclamations de la foule à Ramallah en Cisjordanie occupée. Portant le traditionnel keffieh, les prisonniers libérés ont été hissés sur les épaules de la foule et ont serré des proches dans leurs bras avant de se rendre à un rapide examen de santé. À la mi-journée, des bus transportant plus de 300 prisonniers palestiniens libérés dans le cadre de l'accord de trêve entre Israël et le Hamas sont également arrivés à Khan Younès. Le convoi des bus pris en charge par la Croix-Rouge a déposé les prisonniers en liesse faisant des signes de la main à la foule venue les accueillir.

Ces derniers étaient détenus sans charge ni jugement. Les Palestiniens les considèrent comme des otages, enlevés par l’armée israélienne uniquement pour servir de monnaie d’échange lors de ces opérations de libération d’otages contre des détenus.

Juste avant des images choc ont été diffusées. L’administration pénitentiaire israélienne a publié deux photos. Sur la première : une dizaine de détenus palestiniens, à genou, portent des survêtements avec une étoile de David sur le torse et le dos avec une inscription en arabe : « Ni oubli, ni pardon ». Sur la seconde photo, on aperçoit derrière des barreaux un groupe important de prisonniers vêtus de ce même habit. Certains sont pieds nus. Ces photos ont été partagées par la radio publique israélienne et la symbolique est tragique. Elle renvoie aux pires heures de l’histoire de l’humanité, et à ces juifs dans les camps de concentration nazis lors de la Seconde Guerre mondiale. 

Sur les réseaux sociaux, un journaliste israélien dénonce ces clichés. « Nous ressemblons de plus en plus à nos ennemis », écrit-il. Israël avait fermement condamné les mises en scène et la propagande du Hamas lors de cérémonies orchestrées chaque semaine pour la libération d’otages israéliens. Le club des détenus palestiniens, une organisation civile de défense des droits des prisonniers écroués en Israël, dénonce au micro de RFI ces photographies. « S’il y a bien un peuple qui peut être sensible à ce genre de symbole, c’est le peuple juif. Et Israël choisit de reprendre les méthodes des nazis. C’est à la fois criminel, raciste et idiot », explique Qadurra Farès, le porte-parole du club des détenus palestiniens. 

Le CICR « très inquiet des conditions de vie » des captifs
À Tel-Aviv, des Israéliens, drapeau national en main, regardent devant des écrans géants la retransmission en direct de la libération des otages. En Israël, l'inquiétude est vive sur l'état physique et psychologique des trois hommes. Un ex-captif de 65 ans, Keith Siegel, libéré le 1er février, a affirmé avoir été « affamé et torturé ».  À quelques kilomètres plus au nord, à Kfar Saba, des proches de Yaïr Horn pleuraient en regardant à la télévision à la vue des otages libérés. 

«Ils les nourrissent juste avant de les libérer. Cela ne veut rien dire. Et à en juger par leurs visage, ils n'ont pas l'air en si bonne santé», pense cette Israélienne à Tel Aviv

Aabla Jounaïdi
Le CICR s'était dit de son côté « très inquiet des conditions de vie » des captifs après avoir appelé à ce que les libérations se déroulent de façon « digne ». Sept détenus palestiniens libérés par Israël ont pour leur part été hospitalisés en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, « en raison de la brutalité » de leur détention, selon le Club des prisonniers.

La première phase de la trêve, d'une durée initiale de 42 jours, a déjà permis la libération de 16 otages israéliens contre 765 prisonniers palestiniens. Durant cette phase, 33 otages et 1.900 détenus doivent être libérés au total.

La suite du cessez-le-feu reste incertaine
La principale association israélienne des familles d'otages à Gaza a appelé samedi à tout faire pour empêcher que la trêve s'effondre et à poursuivre sur l'élan des libérations permises par celles-ci, après le retour en Israël de trois des otages dans la matinée.

Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a déclaré samedi travailler avec les États-Unis en vue de libérer tous les otages encore retenus à Gaza « aussi vite possible ». « Cette semaine, le Hamas a (...) tenté de violer l'accord de trêve et de créer une crise de toutes pièces avec des accusations infondées » mais a dû faire machine arrière sous la pression conjointe d'Israël et des États-Unis avec qui « nous travaillons en pleine coordination (...) pour sauver tous nos otages, les vivants et les morts, aussi vite que possible », a déclaré Benyamin Netanyahu selon un communiqué publié par son bureau. 

La suite du cessez-le-feu reste incertaine, les négociations prévues sur la deuxième phase n'ayant pas commencé. L'Égypte et le Qatar ont joué les médiateurs pour sauvegarder la trêve, après des menaces du Hamas de suspendre les libérations, et d'Israël de reprendre la guerre, les deux camps s'accusant de violations de l'accord de cessez-le-feu entré en vigueur le 19 janvier.

Le Hamas a dit s'attendre à ce que ces pourparlers commencent « en début de semaine prochaine ». Les médiateurs, le Qatar, les États-Unis et l'Égypte, espèrent les entamer « la semaine prochaine à Doha », selon une source proche des négociations. 

La deuxième étape de l'accord est censée permettre la libération de tous les otages et la fin définitive de la guerre, avant une dernière phase consacrée à la reconstruction de Gaza, un chantier gigantesque estimé par l'ONU à plus de 53 milliards de dollars. 

D'après une source proche des négociations, les médiateurs ont assuré au Hamas qu'Israël « autoriserait l'entrée des caravanes et des équipements lourds une fois le processus d'échange de prisonniers achevé ».

Sur le sort à plus long terme de Gaza, un sommet de cinq pays arabes est prévu le 20 février à Ryad, pour répondre au plan du président américain Donald Trump, décrié à l'international mais salué par Israël, d'une prise de contrôle du territoire palestinien par les États-Unis et du déplacement de sa population en Égypte et Jordanie, ce que ces deux pays ont refusé.


Samedi 15 Février 2025 - 12:25


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