
Missira, le coin des femmes battantes. Au bout de cette localité, un quai de fortune fait la jonction entre les mangroves et les berges du fleuve. L'odeur du poisson séché, fumé, on en prend plein au nez. Les tractations vont bon train. Les hommes manœuvrent pour charger les camions frigorifiques et les femmes font étalage de leurs talents pour transformer les produits.
Les marchandages se font sans intermittence et, au bout du compte, les meneurs de cette cadence soutenue autour des produits halieutiques sont sans conteste les femmes. Au nombre de 13 associations, les 108 femmes transformatrices qui les composent constituent la cheville ouvrière de l'activité économique sur les rives du fleuve. « La berge est notre lieu de prédilection, notre officine. On y transforme tous les produits halieutiques sans exception », selon la présidente de l'association Aminata Diène.

Grâce au financement de quelques Ong comme l’Unesco, le Pisa, les femmes ont pu obtenir des bacs de fermentation et des matériels de manutention en plus d’un site de transformation en 2008. Mais, selon la présidente de l'association, madame Diéne, ce matériel est modeste et bien loin de suffire pour profiter de toutes les potentialités qu’offre cette activité. Aussi, l'absence d'eau sur le site de transformation est un handicap sur le dynamisme des femmes. Pour ce qui est de l'écoulement des produits, elles s’adossent aux marchés des villages proches comme Sokone. Et cette demande locale est loin de pouvoir absorber cette capacité de production.
La rentabilité de cette activité est périodique et se tient de mars à juin. Les femmes ne sont pas diplômées d'une école de commerce, mais Khady Diop, Secrétaire générale de l'union locale, assure qu'elles savent tirer profit de cette période faste en portant leurs revenus au double des investissements ». Les autres périodes, les femmes enchainent avec la campagne agricole. Car, elles pratiquent aussi le maraichage pendant les autres périodes.

«Elles sont arrachées comme des mouches »
Dans le village de Missira, mieux vaut être un fils de la localité pour travailler dans la transformation des produits halieutiques. C'est l'impression que dégagent les témoignages des femmes saisonnières. « Depuis que nous avons commencé à fréquenter cette localité, on est mis à l’écart des projets de développement pour les femmes. Les femmes transformatrices sont privilégiées. C’est parce qu’on n’est pas des originaires de cette localité », scande une femme sous le sceau de l’anonymat. Elle est l'une de ces femmes qui n’habitent pas le village de Missira et qui ne retournent chez elles que pendant les événements religieux.
Elle s'est installée dans le village avec son mari pêcheur depuis quelque mois. Mais, l’autre raison de ce calvaire reste liée à la cherté du prix du carburant pour les pirogues. Une autre femme qui tente l’aventure pour la première fois avec son mari abonde dans le même sens.