Connectez-vous S'inscrire
PRESSAFRIK.COM , L'info dans toute sa diversité (Liberté - Professionnalisme - Crédibilité)

Le Ramadan et les gladiateurs de la politique (Par Sidy Diop)



Le Ramadan et les gladiateurs de la politique (Par Sidy Diop)
Le Sénégal est un pays béni. On y jeûne avec ferveur. Pendant un mois, le pays adopte un rythme particulier : journées somnolentes, soirées festives, télévisions saturées de prêches où les porte-paroles de Dieu rappellent que patience et humilité sont les clés du salut. Mais à peine la dernière datte avalée, les hostilités reprennent.
 
La Korité, censée marquer l’apogée de la concorde nationale, est devenue un ring politique. D’un côté, le pouvoir en place se pare de ses plus beaux boubous pour adresser des messages de paix et d’unité, avec le sourire et la main sur le cœur. De l’autre, l’opposition, fraîchement réhydratée après un mois de diète, sort les gants et enchaîne les uppercuts verbaux. Les critiques fusent, les piques sont ciselées, et la cuirasse présidentielle devient une cible de choix.
 
Le plus savoureux dans cette affaire, c’est que le Ramadan, loin d’être un moment de trêve, est en réalité une période d’échauffement. Sur les plateaux télé, dès la rupture du jeûne, on voit s’affronter experts auto-proclamés et porte-paroles zélés. Entre deux bols de bouillie, les débats s’enflamment, les accusations pleuvent, et les promesses de lendemains qui chantent sont servies en dessert. On pourrait croire que la privation de nourriture pousse à la retenue, mais non. Chez nous, le jeûne n’affame pas l’ego ni la verve. Il aiguise les appétits politiques.
 
Car au Sénégal, la politique ne connaît pas de pause. Ni le temps de la prière, ni celui de la digestion. Elle se mêle à toutes les sphères de la vie, y compris la religion. Ce qui fait que, même dans les mosquées, certains prêches prennent des allures de meeting. On y parle de justice sociale, de partage des richesses, et, entre deux versets, on glisse quelques remarques bien senties sur la gouvernance en place. Avec un talent certain, les imams se font stratèges : dénoncer sans jamais nommer, critiquer sans jamais accuser. Un art ancestral qui permet de mettre tout le monde d’accord… ou de laisser planer le doute.
 
Il faut dire qu’en matière de communication politique, nos politiques sont des orfèvres. Un simple vœu pieux devient un message « important », un partage de repas tourne à la démonstration d’humilité, et la moindre accolade avec un chef religieux est interprétée comme un pacte d’influence. Pendant ce temps, les fidèles, eux, espèrent surtout que la ferveur du Ramadan inspire les politiciens : humilité, retenue, empathie…
 
En vérité, si la politique s’invite dans la fête, c’est qu’elle sait qu’elle y a sa place. Chaque Korité, chaque Tabaski devient un moment stratégique. On parade, on affiche sa proximité avec les chefs religieux, on distribue des moutons et des sacs de riz, histoire de rappeler aux électeurs qui a le pouvoir et qui le convoite. La grande prière se transforme en grand-messe politique, et le fidèle, lui, se retrouve pris entre la foi et le discours.
 
Après la Korité, ce sera la Tabaski, et le cycle recommencera. D’ici là, on aura droit à une surenchère d’invectives, de promesses, et d’analyses enflammées. Mais après tout, n’est-ce pas là le vrai sport national ? Le football, c’est bien joli, mais au pays des « Lions de la Teranga », le jeu préféré reste la politique. Un jeu sans arbitre, où chacun entre sur le terrain avec ses propres règles, et où le Ramadan ne marque jamais le coup de sifflet final.
Reste à savoir si, un jour, la spiritualité reprendra le dessus sur les calculs politiciens. Ou si, comme à chaque nouvelle lune, nous nous contenterons de voir les mêmes visages jouer la même pièce, en espérant que le scénario change enfin.
 
Si. Di.
010425

Babou Diallo

Mardi 1 Avril 2025 - 20:58


div id="taboola-below-article-thumbnails">

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter